[REC] Fast-Forward
ATTENTION BILLET SPOILER !

[ REC ]
Real : Jaume Balaguero & Paco Plaza
Int : Manuela Velasco, Ferran Terraza, Jorge Yamam
Directeur de la photographie : Pablo Rosso
Avant d’autopsier le monstre de Balaguero & Plaza, une petite mise au point s’impose au vu de la réaction de nombres de critiques vis-a-vis du film, [Rec] n’a strictement rien, mais alors rien a voir avec Blair Witch. Mais la mode est à la comparaison entre leurs partis pris de mise en scène, seul et unique lien entre les deux bandes, plutôt que de s’attarder sur le foisonnement d’idées dans la direction de [REC], qui ne souffre aucune foutue ressemblance avec le néant filmique de Blair Witch qui, bien que d’un esprit sincère, n’est pas parvenu a passer outre son manque total de budget et d’idées de mises en scène.
Le pitch de départ rappelle très vite à ceux qui l’ont vu, le docu-live des frères Naudet « New York-11 septembre » dans lequel, les deux français réalisant un documentaire très très chiant sur une journée de routine dans une caserne New Yorkaise se sont vu embarqués dans une opération de sauvetage épique 15 minutes aprés le début de la tragédie des tours du WTC, leur film reste a ce jour le plus poignant et impressionnant (coucou Mr Stone !!) sur les evénements du 11/09/2001.
De la même manière, [REC] s’ouvre sur la tentative d’une journaliste et de son caméraman de donner un aspect sensationnel a leur documentaire tourné dans une caserne de Barcelone, lorsque rien ne s’y prête, le début du film étant à mon goût, dix minutes trop long (oui, il ne se passe rien, on a imprimé, la suite!). Lorsque un appel de détresse arrive a la caserne mentionnant les hurlements d’une petite vieille dans un immeuble du centre-ville, le tandem de journaliste suit les pompiers jusqu’au lieu de l’incident qui deviendra théatre d’une série de charclages en règle.
Une des forçes de [REC] repose dans la capacité de la mise en scène de Plaza & Balaguero d’opérer vis-à-vis du spectateur un processus d’identification immédiat : l’immeuble s’apparente a n’importe quel lotissement banal européen (la ressemblance avec ma cage d’escalier est frappante…) et non pas au penthouse américain déshumanisé et pas crédible une seconde qu’on a pu voir dans l’affligeante adaptation de Resident Evil.
L’autre élément de scénario qui démarque [REC] de tous les autres films reposant sur le même concept (Blair Witch Project, Cloverfield) est la présence de journalistes derrière la caméra, statut qui justifie le fait de filmer les événements les plus flippants d’une manière un tant soit peu sensationnelle. Voilà pourquoi dans [REC] vous ne vous poserez plus la fameuse question « putain de bordel mais POURQUOI il tient encore sa caméra ce blaireau » qui avait quand même contribué a faire de Cloverfield une partie de franche rigolade pas réaliste pour deux balles qui, censé être a un niveau humain, avait subi tous les caprices de J.J Abrams qui voulait abolument caser ses 25 millions de dollars de budget dans un film qui aurait sans doute eté beaucoup plus percutant avec 15 millions de moins.
L’envergure des événements et l’implication du spectateur dans des situations ou sa perception entière de l’action est mise a contribution montent en puissance au fur et a mesure des allées et venues des survivants dans l’immeuble. L’impression d’implication immédiate marche a un niveau jamais atteint si bien que les « scare jumps » ne constituent qu’un aspect parmi d’autres dans la mise en scène ultra-immersive et oppressante de [REC] là ou certains réal ne comprenant rien au mécanisme des attentes d’un spectateur en font l’essence d’un cinéma pseudo-horrifique reprenant des codes tièdes et mille fois prémachés a peine digne de paraître en « double-blister-DTV »
Au fur et a mesure qu’ils prennent conscience de l’ampleur de la situation, journalistes, policiers et pompiers tentent de calmer les esprits entre les locataires commençant à s’entredéchirer. Encore une fois, Balaguero & Plaza évitent un piège évident, en l’occurence celui de la morale ratée que ce soit sur un pseudo huis-clos psychologique, ou sur la soif d’images des journalistes . Genre le dernier plan de Cannibal Holocaust, vous ne voyez pas? Mais siiiii, la plus grande réplique moralistique de l’histoire « Mais au fond qui sont les vrais cannibales ? » pense en post-synchro le professeur aprés le visionnage des rushes des jeunots empalés. (Bonjour je suis Ruggero Deodato et je vais rendre en 6 secondes mon film aussi politique que Zombie de Romero. Si!)
En bref, Plaza & Balaguero nous prennnent a revers en sortant des sentiers battus, comprenant qu’il est indispensable au genre D’ARRETER de prendre le spectateur pour une buse manipulable en l’impliquant réellement dans un film passionné, généreux et foutrement efficace.
Julian.C
avril 25, 2008 à 5:28
Excellente critique qui donne envie d’aller voir le film. Très agréable à lire.